Le 15 août 2021, la prise de pouvoir des talibans à Kaboul a brutalement interrompu l’accès des filles à l’école secondaire. Cinq ans plus tard, l’UNESCO estime que 2,4 millions de jeunes Afghanes restent privées d’éducation secondaire, une exclusion unique au monde. Retour sur une régression historique et sur les moyens de la combattre.
Afghanistan : une exclusion scolaire sans précédent pour les filles
En août 2026, l’UNESCO a lancé un nouvel appel depuis son siège parisien. L’organisation confirme que l’Afghanistan demeure l’unique pays où l’éducation des filles est officiellement interdite au-delà du primaire. Près de 2,4 millions de jeunes Afghanes sont concernées par cette mesure, dénoncée comme une grave violation des droits humains.
« Cinq ans, ce n’est pas une interruption temporaire », insiste Hoda Jaberian, coordinatrice du programme éducation d’urgence à l’UNESCO. « Cela représente la quasi-totalité d’un cycle d’études secondaires. » Une génération entière voit ainsi son avenir confisqué.
- 2001
L'accès des filles à l'école est déjà très limité, le pays sort de décennies de guerre.
- 2021
Près d'un million de filles sont inscrites dans le secondaire, une avancée historique.
- 15 août 2021
Les talibans prennent Kaboul et interrompent brutalement les cours.
- 2022
L'interdiction s'étend aux lycées puis à l'université.
- 2026
L'UNESCO recense 2,4 millions de filles privées d'école secondaire.
- Aujourd'hui
Des programmes d'alphabétisation tentent de limiter les dégâts, sans remplacer l'école.
Un accès à l’éducation entravé dès le plus jeune âge
Les restrictions touchent d’abord les collèges et lycées, puis l’université. Elles ont été progressivement étendues à d’autres domaines de la vie publique, enfermant les femmes dans une dépendance totale. L’inégalité éducative nourrit toutes les autres inégalités, du mariage forcé à l’exclusion économique. Comment bâtir un pays quand la moitié de sa jeunesse est maintenue dans l’ignorance ?
Des progrès éducatifs spectaculaires réduits à néant
Le contraste est rude avec la situation qui prévalait avant le retour des talibans. Alors qu’en 2001 l’accès des filles à la scolarité était déjà très limité, près d’un million de filles étaient inscrites dans l’enseignement secondaire en 2021. Ces avancées, portées par des enseignants et des familles courageux, ont été balayées en quelques mois.
L’UNESCO souligne que le retour massif de réfugiés afghans depuis les pays voisins accentue encore la pression. Les familles qui rentrent au pays trouvent des écoles fermées aux filles ; la quête d’un abri et de nourriture relègue l’instruction au second plan, quand elle n’est pas tout simplement impossible.
La question des droits des filles, un enjeu de justice sociale
Refuser l’accès à l'éducation à la moitié de la population, c’est priver le pays de ses forces vives. La justice sociale passe par une scolarisation complète des filles, non seulement pour leur épanouissement personnel, mais pour l’équilibre de toute la société afghane. Que peut espérer un pays qui enferme ses jeunes femmes dans l’ignorance ? La stagnation, la pauvreté et la résignation, répondent les organisations de défense des droits humains.
Les conséquences concrètes de l’exclusion scolaire sur les jeunes Afghanes
Derrière les statistiques se cachent des destins brisés. Prenons le cas de Zahra, 16 ans, dont la mère raconte qu’elle rêvait de devenir médecin. Aujourd’hui, elle passe ses journées à aider aux tâches ménagères, ses cahiers rangés au fond d’un placard. Les jeunes Afghanes privées de cours subissent des pressions considérables. Voici les principales conséquences documentées par les ONG :
- 💍 Mariages précoces et forcés : les familles pauvres voient dans leurs filles une charge plutôt qu’un investissement scolaire.
- ⚠️ Violences et exploitation : sans éducation, les filles dépendent entièrement de leur entourage et deviennent vulnérables.
- 🏠 Repli sur la sphère domestique : l’interdiction de travailler les confine au foyer, sans aucun accès à l’autonomie financière.
- 📚 Perte définitive de compétences : cinq ans sans apprentissage peuvent rendre impossible une reprise ultérieure, même si la loi venait à changer.
L’exclusion scolaire ne se mesure pas seulement en années, mais en vies limitées. Chaque jeune fille privée d’école est un potentiel d'ingénieure, de médecin ou d'enseignante perdu. Or, une société ne peut se développer qu’en mobilisant tous ses talents.
L’UNESCO maintient des voies d’apprentissage alternatives en Afghanistan
Malgré les interdictions, l’UNESCO poursuit ses actions. L’organisation finance des programmes d’alphabétisation et de développement des compétences dans des lieux communautaires, souvent au domicile des animateurs, avec l’accord implicite des autorités locales.
Plus de mille animateurs d’alphabétisation, formés par l’UNESCO et ses partenaires, vont ainsi au contact des femmes et des adolescentes. Ces cours sont une bouffée d’oxygène, même s’ils ne remplacent pas une scolarité complète. « Tant que les restrictions perdurent, nous ne pouvons pas abandonner les apprenants afghans », affirme Hoda Jaberian.
Des solutions communautaires pour préserver l’espoir
Ce dispositif présente un double avantage : il contourne les interdits tout en s’appuyant sur les structures villageoises. Les familles acceptent parfois que leurs filles suivent ces cours car ils se déroulent dans un cadre considéré comme sûr. Ce modeste accès à l’éducation maintient une lueur dans un quotidien marqué par l’obscurantisme.
Les appels internationaux contre le refus obstiné des talibans
L’UNESCO réaffirme son exigence : le rétablissement immédiat et inconditionnel du droit des filles et des femmes à l’enseignement secondaire et supérieur. Ce droit n’est pas négociable. Plusieurs pays à majorité musulmane, pourtant pragmatiques dans leurs relations avec Kaboul, ont joint leur voix à ces demandes.
La réponse des autorités afghanes reste la même : cette affaire est interne et ne saurait être dictée par l’étranger. Un argument qui vaut ce que vaut un pouvoir qui n’a jamais accepté la moindre critique. Les droits des filles ne sont pourtant pas une monnaie d’échange, mais une exigence universelle inscrite dans les traités internationaux.
Quelle issue pour l’éducation des filles en Afghanistan en 2026 ?
La question demeure entière. Les organisations humanitaires redoutent un effet générationnel : les filles d’aujourd’hui deviennent des femmes illettrées qui, à leur tour, ne pourront pas transmettre le savoir à leurs enfants. C’est toute la société afghane qui est menacée d’appauvrissement intellectuel.
Pourtant, l’éducation des filles continue de résister par la volonté des familles, des enseignants et des jeunes Afghanes elles-mêmes. Des cours clandestins se montent dans certaines villes ; des pères bravent les menaces pour faire apprendre leurs filles à la maison. Ces actes de résistance ordinaire rappellent que le savoir ne se décrète pas : il se transmet, contre vents et marées.
L’avenir de l’Afghanistan dépendra de sa capacité à renouer avec cette évidence. Une société qui exclut ses filles de l’école se prive de leur intelligence et de leur énergie. À l’heure où le monde commémore le cinquième anniversaire de cette tragédie, l’urgence est toujours là : rendre aux jeunes Afghanes ce qu’elles n’auraient jamais dû perdre, le droit d’apprendre.
Ce que les chiffres ne disent pas
Est-ce que les filles peuvent encore étudier en secret ?
Certaines suivent des cours à la maison ou via des réseaux informels. Les risques restent énormes, et les programmes officiels sont fermés.
Pourquoi les talibans ont-ils interdit l'école secondaire aux filles ?
Leur lecture ultra-restrictive de l'islam les pousse à écarter les femmes de l'espace public. L'éducation des filles est vue comme une menace pour leur ordre social.
Est-ce que l'UNESCO fait encore quelque chose sur place ?
Oui, elle finance des cours d'alphabétisation et des formations aux compétences de base. Ces voies alternatives ne remplacent pas l'école, mais elles maintiennent un fil.
Ça vaut le coup de soutenir les associations ?
Chaque don aide à financer des actions concrètes comme l'alphabétisation. Même petit, il compte pour des familles qui n'ont plus rien.
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Après dix ans de classe, d’abord en REP à Vénissieux puis en lycée polyvalent à Villeurbanne, Amine a quitté progressivement l’enseignement en 2021 pour l’édition pédagogique, aux côtés d’éditeurs scolaires et de plusieurs INSPÉ, avant de lancer ce fanzine numérique.