Pour leurs filles : le combat poignant des pères afghans pour l’accès à l’éducation

Pour leurs filles : le combat poignant des pères afghans pour l’accès à l’éducation

Depuis le retour des talibans au pouvoir en 2021, l’Afghanistan est devenu le seul pays au monde où les filles sont privées d’éducation secondaire. Derrière les statistiques et les rapports internationaux, des hommes mènent un combat silencieux mais acharné pour que leurs filles ne perdent pas espoir. Ces pères afghans, confrontés à l’absurdité d’une interdiction qu’ils jugent contraire à leur foi et à leur raison, s’organisent avec les moyens du bord.

Le combat des pères afghans pour l’éducation de leurs filles

Dans des foyers anonymes de Kaboul, Hérat ou Kandahar, des hommes passent des nuits blanches à chercher des solutions. L’interdiction frappe les filles dès la fin du primaire, c’est-à-dire vers l'âge de 12 ans. Une absurdité pour ces pères qui ont grandi avec l’idée que l’éducation était un droit fondamental.

Nassir, employé administratif et père de deux filles de 12 et 15 ans, se souvient du dernier jour de primaire de sa cadette : « Ma fille et toutes ses camarades de classe étaient de mauvaise humeur, c’était tragique ». Avec sa femme, enseignante, ils ont récupéré des manuels du secondaire et organisent des cours à domicile. La discipline reste stricte : lever à la même heure que si les filles devaient aller à l’école, tenue de cahiers, exercices quotidiens.

Cet acharnement révèle une vérité que les autorités talibanes peinent à étouffer : le soutien à l'éducation des filles demeure massif. Selon une enquête de l’ONU Femmes réalisée en 2025, 95% des hommes en milieu urbain et 87% en zones rurales jugent important que les filles puissent suivre une éducation secondaire. Les pères interrogés, tous musulmans pratiquants, rejettent la justification religieuse de l’interdiction. Mohammad, médecin de 42 ans, l’affirme sans détour : « Vous ne trouverez jamais dans le Coran que l’éducation est réservée aux hommes ».

Le soutien massif des pères afghans

L’exil comme seule issue pour certaines familles

Ahmad, ingénieur de 40 ans, marié à une professeure de mathématiques qui a perdu son poste dans le secondaire, refuse que ses quatre filles terminent leur scolarité à 12 ans. « Au XXIe siècle, terminer juste l’école primaire, c’est comme être illettré », confie-t-il. Ce père a déposé des demandes de visas pour la Suède, le Danemark et l’Allemagne. Sans succès.

Les pays européens dénoncent dans leurs discours les restrictions imposées aux femmes, mais ne délivrent que très peu de visas aux Afghans. Un projet de visa pour les États-Unis s’est effondré lorsque Donald Trump a gelé l’ensemble des demandes. Reste la voie clandestine, jugée « trop risquée » avec des enfants.

Chaque jour, les filles d’Ahmad lui demandent : « Quand est-ce qu’on part ? ». Une question qui lui serre le cœur, car il sait que l’horizon se rétrécit. Dans sa ville du nord, aucune école clandestine n’existe. Les cours en ligne coûtent 1 300 euros par an, alors qu’il n’en gagne que 2 100. L’aînée doit terminer le primaire dans cinq mois, et le couple voit approcher l’échéance avec angoisse.

Shaping Afghanistan: Fighting for Girls' Education

Des stratégies de contournement entre audace et prudence

Face à l’interdiction, la débrouillardise devient une arme de survie. Chaque famille explore les options possibles, avec les risques que cela comporte. L’égalité des sexes semble lointaine, mais ces pères refusent de céder au fatalisme.

Mohammad, médecin installé dans une petite ville de la province de Kaboul, a découvert une école privée qui enseigne sous le manteau. Les cours mêlent programmes religieux et matières générales, moyennant 10 000 afghanis par mois (environ 133 euros) pour deux élèves. Les inspections des autorités constituent une menace permanente. « Je ne voudrais pas que mes filles soient en garde à vue », admet ce père de deux adolescentes. Aucun diplôme n’est délivré, mais Mohammad persiste : « Le plus important, c’est qu’elles continuent d’apprendre ».

Cette obstination n’est pas isolée. Dans les foyers, les stratégies varient :

  • 📚 Écoles clandestines privées fonctionnant sous couvert d’enseignements religieux
  • 💻 Cours en ligne de design ou d’informatique, lorsque le budget le permet
  • 🏠 Enseignement à domicile avec des manuels récupérés du secondaire
  • 🕌 Inscription dans des madrasas, établissements coraniques autorisés pour les filles
  • 🛂 Tentatives d’exil vers les pays voisins ou l’Occident

Déménager pour offrir un horizon à sa fille

N., travailleur social de 35 ans, a pris une décision radicale : quitter Kandahar, bastion du mouvement taliban, pour s’installer à Kaboul. Dans sa province d’origine, des écoles excluent les filles avant même la fin du primaire sous prétexte qu’elles sont « trop grandes de taille ».

Sa fille de 12 ans s’intéresse à l’astronomie et a réalisé un collage du système solaire. Lorsqu’elle a interrogé son père sur la gravité, il a répondu : « Tu apprendras cela plus tard ». La réplique de l’adolescente l’a bouleversé : « Comment, puisque je ne peux pas continuer ? ».

N. prône la patience et explore toutes les pistes dans un quotidien marqué par la raréfaction des emplois et la fonte de l’aide internationale. « Aujourd’hui, j’ai un travail et je peux payer pour les études de mes enfants, mais les opportunités se réduisent », confie-t-il, sans révéler à sa fille ce stress supplémentaire.

Les madrasas, une solution imparfaite qui révèle les fractures

M., responsable logistique de 32 ans, a inscrit sa fille de 13 ans dans une madrasa pour qu’elle puisse au moins conserver des interactions sociales. Cet homme, issu d’une famille modeste et qui a travaillé dur pour payer ses études, voulait que sa fille aille à l’université. Son projet de partir en Iran s’est effondré avec la guerre.

Depuis peu, l’adolescente refuse d’aller à la madrasa. « Même si je continue, il n’y a aucun avenir pour moi », lui a-t-elle lancé. Ce père raconte ce moment avec émotion : le jour d’une fête, sa fille est restée dans sa chambre à pleurer. Il conclut avec des mots qui résument la détresse de tant de pères : « Quand je la vois déçue à la maison, je vais dans une autre pièce et je pleure en cachette ».

Son regard sur les autorités talibanes reste nuancé : il reconnaît les progrès en matière de corruption et de sécurité, mais ne trouve « aucune justification acceptable » à la privation d’éducation. Une position qui illustre la complexité du sentiment afghan, tiraillé entre aspirations sécuritaires et défense des droits des filles.

Afghanistan : les Taliban interdisent finalement aux filles de reprendre l'école • FRANCE 24

L’éducation des filles en Afghanistan : un enjeu de justice sociale

Derrière ces histoires individuelles se profile une réalité collective : l’exclusion éducative des filles constitue un recul historique pour l’Afghanistan. Selon l’UNESCO, 2,4 millions de filles sont privées d’enseignement secondaire depuis le retour des autorités talibanes. Des hommes qui se sont publiquement prononcés en faveur de l’éducation ont été emprisonnés, ce qui explique l’anonymat des témoignages.

La résilience de ces pères afghans dépasse le simple cadre familial. En maintenant l’apprentissage à la maison, en finançant des écoles clandestines ou en risquant des cours en ligne, ils posent un acte politique. Chaque leçon de mathématiques ou de littérature donnée en secret constitue une résistance à l’obscurantisme.

Leur combat rejoint celui de toutes celles et ceux qui, à travers le monde, défendent l’éducation comme un droit fondamental. Les pères de Kaboul, de Kandahar ou de Hérat ne se contentent pas de transmettre des savoirs ; ils inculquent à leurs filles l’idée que leur dignité et leur avenir méritent qu’on se batte.

Dans la bibliothèque de Nassir, à côté des manuels et des trophées d’excellence du primaire, trônent les cahiers d’exercices des deux adolescentes. Elles montrent fièrement leurs travaux, parlent anglais, font du soutien scolaire pour les enfants de l’immeuble. Qui sait combien de temps cette normalité fragile pourra tenir ?

La question posée par ce père de 47 ans résonne comme un leitmotiv : « Quand reviendra-t-on à une vie normale ? ». En attendant, les pères afghans continuent d’écrire, la nuit, des lettres de motivation pour des visas imaginaires, de calculer des budgets impossibles, de chercher des professeurs discrets. Leur combat pour les droits des filles, loin des projecteurs, est une leçon de dignité pour le monde entier.

Ce que tout le monde se demande sans oser

Est-ce que les filles peuvent vraiment étudier en secret ?

Certaines familles trouvent des cours clandestins, souvent déguisés en écoles religieuses. C'est risqué, les inspections sont fréquentes, et aucun diplôme n'est délivré.

Quel âge ont les filles quand l'école s'arrête ?

Vers 12 ans, à la fin du primaire. C'est l'interdiction la plus stricte au monde, puisque l'Afghanistan est le seul pays où le secondaire est fermé aux filles.

Pourquoi les pères ne partent-ils pas à l'étranger ?

Les demandes de visa sont refusées ou gelées, comme pour les États-Unis. La route clandestine est jugée trop dangereuse avec des enfants, alors certains attendent en espérant une porte de sortie.

Ça coûte cher, ces cours alternatifs ?

Beaucoup. Un père gagne 2100 euros par an et un cours en ligne coûte 1300 euros. L'école clandestine demande environ 133 euros par mois pour deux filles.

Que feriez-vous à notre place ? Vos idées sont bienvenues

Laisser un commentaire

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Prouvez que vous êtes humain : 7   +   10   =